
Définition et extrait d'un livre
Persilence
Persilence nom féminin (néologisme)
Étymologie. Néologisme formé par la contraction du préfixe per-, évoquant notamment les idées de perception, de parcourir ou de traverser (percevoir, percer, parcourir), et du mot silence.
Définition. La persilence est un état perceptif conceptualisé à partir de l'expérience sourde, ayant conduit à remettre en question les définitions traditionnelles du silence, aujourd'hui jugées insuffisantes au regard des connaissances contemporaines sur la perception. La persilence désigne une forme de présence qui accompagne les espaces, les êtres vivants et leur environnement sans reposer sur la seule audition. Elle invite à porter attention aux vibrations, aux matières, aux rythmes du vivant, aux mémoires des lieux ainsi qu'aux interactions discrètes qui participent à notre manière de percevoir le monde.
Pourquoi inventer un nouveau mot ?
Le langage évolue au rythme des expériences humaines. Lorsque les mots existants ne suffisent plus à décrire un phénomène, de nouveaux concepts apparaissent pour combler ce vide. C'est dans cette perspective qu'émerge la notion de persilence, développée par l'artiste plasticienne Mathilde Lauret dans le cadre de ses recherches artistiques.
Le silence est généralement défini comme une absence de son. Cette définition, largement admise, s'avère pourtant insuffisante lorsqu'il s'agit d'aborder certaines expériences perceptives. Un paysage naturel, un espace d'exposition ou un territoire peuvent sembler silencieux tout en étant traversés par des vibrations, des mouvements, des présences ou des interactions qui échappent à une écoute exclusivement sonore.
La persilence propose une autre lecture de cette réalité.
Née de l'association du préfixe per-, évoquant notamment percer, percevoir et perception, au mot silence, cette notion ne désigne pas un silence absolu, mais un état de perception permettant d'appréhender des phénomènes souvent relégués à l'arrière-plan de notre perception : les vibrations, les matières, les rythmes du vivant, les mémoires des lieux ou encore les interactions discrètes entre les êtres et leur environnement. Loin de considérer le silence comme un vide, cette approche l'envisage comme un espace de présence. La persilence ne cherche pas à remplacer la notion de silence, mais à en proposer une extension, capable d'intégrer des dimensions sensorielles qui dépassent la seule audition. Plus qu'un état perceptif, elle constitue également un outil de perception permettant d'appréhender le monde sensible au-delà de l'audition. Cette réflexion s'inscrit au croisement de plusieurs champs de recherche, notamment la perception sensorielle, l'écologie sonore, les études sur le paysage, les questions d'accessibilité ainsi que certaines problématiques contemporaines liées aux relations entre les êtres humains, le vivant et leur environnement.
Dans la pratique artistique de Mathilde Lauret, cette notion devient un outil de création autant qu'un outil de lecture. Installations, dessins, sculptures, céramiques ou images en mouvement explorent cette manière particulière d'entrer en relation avec le monde sensible, en donnant une place aux phénomènes discrets, parfois imperceptibles ou habituellement négligés.
Plus qu'une définition figée, la persilence constitue un concept de recherche appelé à évoluer au fil des œuvres, des expérimentations et des publications. Elle ouvre une réflexion sur notre manière d'habiter le monde, en invitant chacun à porter attention aux formes de présence qui traversent les espaces du sensible et que notre perception laisse parfois en retrait.

Une définition en évolution
La première définition de la persilence est née de la volonté de nommer un état perceptif jusqu'alors dépourvu de vocabulaire. Elle proposait également un nouvel outil de perception permettant d'appréhender le monde sensible au-delà de la seule audition. Au fil des recherches artistiques, des lectures, des expérimentations et des œuvres réalisées, cette première définition s'est progressivement enrichie.
La persilence n'est plus uniquement envisagée comme un état perceptif ou un outil de perception porté vers des phénomènes discrets. Les recherches conduisent désormais à la considérer comme une dimension du sensible qui accompagne les espaces, les êtres vivants, les matières et les environnements. Elle n'existe pas indépendamment d'eux, mais en symbiose avec eux.
Cette évolution marque un changement important dans la compréhension du concept. La persilence ne désigne plus seulement une manière de percevoir ce qui échappe à l'audition. Elle révèle également la manière dont les espaces se construisent à travers les multiples relations sensibles qui les composent. Vibrations, matières, rythmes du vivant, mémoires des lieux, interactions invisibles ou perceptibles participent ensemble à cette qualité de présence. La persilence ne constitue donc ni un prolongement du silence, ni un espace intermédiaire entre le sonore et l'inaudible. Elle accompagne les phénomènes du monde sensible et participe à leur manière d'exister, indépendamment de leur caractère sonore. Cette évolution ouvre progressivement la recherche vers une réflexion plus large sur les relations entre perception, écologie sonore, accessibilité, phénoménologie, vivant et questions de société. Elle confirme également que la persilence dépasse le cadre de l'expérience sourde qui l'a vue naître pour proposer un outil de lecture du monde accessible à chacun.
Développée parallèlement à la notion de vibrophonie, la persilence continue aujourd'hui d'évoluer. Loin d'être une définition figée, elle demeure un concept de recherche vivant, appelé à se transformer au rythme des œuvres, des expérimentations et des dialogues interdisciplinaires. Cette évolution témoigne d'une recherche artistique en constante construction, dont certaines pistes demeurent encore ouvertes.
Cette réflexion entre également en dialogue avec les approches contemporaines de l'écologie sonore et de l'écologie de la perception. Si les classifications proposées par ces disciplines décrivent principalement les sources, les organisations ou les conditions de production des phénomènes sonores, la persilence déplace cette réflexion vers les conditions mêmes de la perception. Le son n'est pas uniquement un phénomène physique et l'audition ne constitue pas une simple réception mécanique : toute perception résulte d'une construction sensorielle, corporelle et cognitive. Dans cette perspective, réduire le silence à une absence de son apparaît insuffisant pour rendre compte de la complexité des expériences sensibles. La persilence propose ainsi un outil de perception permettant d'appréhender le monde au-delà de la seule audition, sans pour autant se substituer aux recherches en écologie sonore, mais en cherchant à en prolonger certaines réflexions.
Pour citer cet article
LAURET, Mathilde. « Persilence : vers une nouvelle perception du silence ». Studio Madi, 27 juillet 2026.
Disponible sur : https://studiomadi.com/actualites/persilence-vers-une-nouvelle-perception-du-silence
Extrait d'une publication de l'auteure
Cet article constitue une version développée d'une réflexion issue du livre d'artiste Persilences : Esquisses pour une perception sans nom, publié aux Éditions Studio Madi. Cet ouvrage de recherche rassemble plusieurs textes consacrés aux notions de persilence, de vibrophonie, ainsi qu'aux relations entre perception, silence, création contemporaine et à l'expérience du handicap au sein des institutions artistiques et académiques.
Articles et pages associés
Vibrophonie : la création comme outil de recherche
L'artiste
Bibliographie indicative
CAGE, John. Silence. Wesleyan University Press, 1961.
CHION, Michel. Le Son. Armand Colin.
GIBSON, James J. The Ecological Approach to Visual Perception. Houghton Mifflin, 1979.
INGOLD, Tim. Être au monde. Quelle expérience commune ?
KRAUSE, Bernie. The Great Animal Orchestra: Finding the Origins of Music in the World's Wild Places. Little, Brown and Company, 2012.
LE BRETON, David. Du silence. Métailié, 1997.
MERLEAU-PONTY, Maurice. Phénoménologie de la perception. Gallimard, 1945.
SCHAFER, R. Murray. Le Paysage sonore. Wildproject.
Cette recherche dialogue notamment avec
plusieurs champs de réflexion, notamment l'écologie sonore, la phénoménologie de la perception, l'anthropologie sensorielle, les disability studies, l'art contemporain et les études du paysage.